En résumé
Les recherches sur les échecs et la réussite scolaire font apparaître, au mieux, des effets réduits, surtout en mathématiques, et ceux-ci s'amenuisent voire disparaissent dès que la méthode gagne en rigueur. Une méta-analyse de 2016 chiffre un effet moyen modéré mais fragile ; le plus vaste essai randomisé, conduit en Angleterre auprès de plus de 4 000 élèves, ne relève aucun effet un an après. Les échecs constituent un bon appui pédagogique, non une solution miracle.
Parents et enseignants lisent fréquemment que le jeu améliorerait les notes, la concentration, voire le quotient intellectuel. Ces annonces reposent parfois sur de véritables études, mais souvent très simplifiées. Pour juger correctement, il faut examiner ce qui a été mesuré, auprès de combien d'élèves, sur quelle durée et selon quel protocole.
- Transfert d'apprentissage
- Hypothèse selon laquelle une compétence acquise dans un domaine (ici, la pratique des échecs) améliore les résultats dans un autre (mathématiques, lecture, raisonnement général). C'est précisément ce transfert que les études sur les échecs à l'école tentent de quantifier.
Réussite scolaire et échecs : tableau des principales études
| Étude | Pays | Effectif | Durée | Résultat en mathématiques | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| Rosholm, Mikkelsen, Gumede, « Your Move » | Danemark (Aarhus) | 482 élèves, 34 classes, 5 écoles, de la 1re à la 3e année | Environ 30 leçons en 2013, en remplacement d'une leçon de maths sur quatre | Gain estimé entre 0,10 et 0,18 écart-type, significatif selon certains modèles seulement | PLOS ONE, 2017 |
| Sala et Gobet, synthèse statistique | Internationale | 24 recherches, 2 788 élèves pratiquants, 2 433 élèves de comparaison | Variable selon les études | Effet moyen g = 0,38 en maths (0,34 tous domaines confondus) | Educational Research Review, 2016 |
| Jerrim, Macmillan, Micklewright, Sawtell, Wiggins (EEF) | Angleterre | 4 009 enfants de 9 à 10 ans répartis dans 100 établissements | 30 heures prévues (25 à 29 heures selon la plupart des écoles) | Aucun effet mesurable un an après, en mathématiques, en lecture ou en sciences | Education Endowment Foundation, 2016 ; Journal of Human Resources, 2018 |
| Trinchero et Sala | Italie | 931 élèves de primaire | Séances d'échecs intégrées au programme scolaire, face à une classe sans échecs | Meilleurs résultats en résolution de problèmes pour le groupe dont les intervenants enseignaient des stratégies de résolution | Eurasia Journal of Mathematics, Science and Technology Education, 2016 |
Le travail danois « Your Move » (2017)
Michael Rosholm, Mai Bjørnskov Mikkelsen et Kamilla Gumede ont suivi 482 enfants issus de 5 écoles d'Aarhus, répartis dans 34 classes allant de la 1re à la 3e année. Pour 323 d'entre eux (le groupe traité), l'une des quatre séances hebdomadaires de mathématiques de 45 minutes a été remplacée, du printemps à la mi-octobre 2013, par une séance fondée sur les échecs, soit près de 30 leçons. Les 159 autres élèves ont suivi le programme habituel.
Résultat : un gain estimé de 0,10 à 0,18 écart-type aux tests de mathématiques, notamment sur les exercices de repérage de régularités. L'effet se concentre chez les enfants qui se disaient malheureux ou qui s'ennuyaient en classe ; il est nul chez ceux qui ne s'ennuient jamais.
Limites reconnues par les auteurs : les classes ont été désignées par les directeurs d'école et non tirées au sort ; l'échantillon était trop restreint pour détecter avec certitude un effet inférieur à 0,23 écart-type ; un seul enseignant, joueur de club, assurait les leçons, parfois en présence de l'enseignant habituel ; la significativité disparaît selon certains modèles. Les auteurs décrivent leur travail comme une étude pilote et appellent à un essai randomisé.
La synthèse de Sala et Gobet (2016)
Giovanni Sala et Fernand Gobet ont réuni 24 études (40 tailles d'effet) comparant des élèves ayant suivi des cours d'échecs à des élèves témoins, soit 2 788 jeunes dans les groupes « échecs » et 2 433 dans les groupes témoins. Ils obtiennent un effet global modéré (g = 0,338), un peu plus marqué en mathématiques (0,382) qu'en lecture (0,248), et plus net lorsque l'enseignement dure longtemps ; le seuil utile se situerait autour de 25 à 30 heures.
La limite décisive : presque aucune des études analysées ne comparait les élèves joueurs à un groupe témoin « actif », c'est-à-dire occupé à une autre activité nouvelle et stimulante. On ne peut donc exclure que l'effet provienne de la nouveauté, de l'enthousiasme de l'intervenant ou de l'attention portée aux élèves (un effet placebo), plutôt que des échecs eux-mêmes.
L'expérience anglaise à tirage aléatoire menée par l'EEF
C'est, à ce jour, l'étude la plus solide. Financée par l'Education Endowment Foundation et menée par une équipe de l'UCL Institute of Education (John Jerrim, Lindsey Macmillan, John Micklewright, Mary Sawtell et Meg Wiggins), elle a tiré au sort 100 écoles primaires anglaises. Dans les établissements du groupe « échecs », tous les élèves de Year 5 (9-10 ans) ont suivi, au cours de l'année 2013-2014, un programme standardisé de 30 heures animé par des intervenants de l'association Chess in Schools and Communities.
Le critère principal était la note obtenue à l'examen national de mathématiques de fin de primaire (Key Stage 2), corrigé par des examinateurs extérieurs et passé un an après la fin des cours. Sur 4 009 élèves, les résultats sont disponibles pour 3 865 (97 %). Résultat : un effet proche de zéro, avec un intervalle de confiance allant d'environ −0,15 à +0,15 écart-type, et aucun effet non plus en lecture ou en sciences. Les auteurs estiment qu'il faut des méthodes rigoureuses avant d'affirmer le moindre bénéfice.
Ce que cette étude ne tranche pas : elle mesure un effet durable sur des examens, un an plus tard. Elle ne dit rien des effets immédiats, ni des bénéfices sociaux ou du plaisir d'apprendre, que les auteurs eux-mêmes évoquent comme pistes possibles.
La recherche italienne de Trinchero et Sala (2016)
Roberto Trinchero et Giovanni Sala ont comparé 931 élèves du primaire répartis en trois groupes : deux suivant des cours d'échecs et un groupe témoin. Le groupe dont les intervenants enseignaient explicitement des stratégies de résolution de problèmes propres aux échecs a obtenu de meilleurs résultats en résolution de problèmes mathématiques que les deux autres. Selon les auteurs, c'est l'enseignement explicite de ces stratégies, davantage que le jeu seul, qui favorise le transfert.
Ce que l'on peut raisonnablement retenir
- Aucun effet miracle. L'étude la plus rigoureuse ne relève aucun effet durable sur les examens.
- Des effets possibles, mais modestes, surtout en mathématiques, surtout à court terme et surtout lorsque le jeu sert à faire des mathématiques.
- Le mode d'enseignement joue un rôle décisif : méthodes explicites, rapprochement avec les mathématiques, temps d'apprentissage suffisant.
- Certains élèves en tirent davantage profit, comme ceux qui s'ennuient en classe dans l'étude danoise.
- Les échecs présentent d'autres intérêts que les notes : plaisir, vie collective, respect des règles. Ils méritent d'être évalués aussi selon ces critères.
Le jeu d'échecs rend-il plus intelligent ?
Les bons joueurs passent souvent pour très intelligents, mais corrélation ne signifie pas causalité : les enfants attirés par les échecs ont peut-être déjà des aptitudes marquées. Les études avec groupe témoin ne montrent pas que l'apprentissage des échecs accroît l'intelligence générale. Le Palais des Échecs examine cette idée reçue dans un article intitulé les échecs rendent-ils vraiment plus intelligent ?, et pose aussi la question inverse : faut-il être intelligent pour jouer aux échecs ?
Mon enfant peine à l'école : les échecs peuvent-ils l'aider ?
Ils peuvent contribuer à la solution, sans la remplacer. Un enfant qui s'ennuie ou perd confiance peut retrouver le goût de chercher, de raisonner et de réussir grâce au jeu, et l'étude danoise va dans ce sens. Mais une difficulté installée en lecture ou en mathématiques appelle d'abord un échange avec l'enseignant et, si nécessaire, un accompagnement adapté. Les échecs restent un complément stimulant. Pour le cadre scolaire français, voir les échecs à l'école en France.
Pour la question voisine des bénéfices non scolaires (concentration, patience, confiance en soi), voir les bienfaits des échecs pour les enfants ; pour le lien précis avec les mathématiques, consultez l'étude danoise et les autres pistes sur notre page échecs et maths.
Questions fréquentes
Le jeu d'échecs améliore-t-il les résultats scolaires ?
Les effets relevés sont modestes et peu solides. Une méta-analyse de 2016 met en évidence un effet moyen modéré, principalement en mathématiques, mais à partir d'études de qualité inégale ; l'essai randomisé le plus vaste, réalisé en Angleterre, ne constate aucun effet un an après.
Quels bienfaits le jeu d'échecs apporte-t-il au cerveau ?
La pratique mobilise l'attention, la mémoire de travail et l'anticipation. Toutefois, les travaux avec groupe témoin n'établissent pas que les échecs élèvent durablement l'intelligence générale. Les avantages les plus certains sont ceux de toute activité stimulante pratiquée avec plaisir.
Le jeu d'échecs rend-il plus intelligent ?
Rien ne le démontre. Les bons joueurs ont souvent des aptitudes marquées, mais il est difficile de savoir si elles découlent du jeu ou la précédaient. Les recherches rigoureuses ne font apparaître aucune hausse de l'intelligence générale.
Quelle étude offre les conclusions les plus solides sur les échecs en milieu scolaire ?
L'essai randomisé financé par l'Education Endowment Foundation en Angleterre (Jerrim et ses collègues) : 100 écoles tirées au sort, plus de 4 000 élèves de 9-10 ans, 30 heures de cours, et des résultats relevés aux examens nationaux un an après. Il ne met en évidence aucun effet.