En bref
Le problème de l'échiquier de Sissa consiste à doubler un grain de riz sur chacune des 64 cases : la dernière case porte 263 grains et le total vaut 264 − 1, soit 18 446 744 073 709 551 615 grains. Cela représente plusieurs centaines de milliards de tonnes de riz, des centaines d'années de récolte mondiale.
La légende est racontée de bien des façons, mais son ressort mathématique ne change jamais. Un roi veut récompenser l'inventeur du jeu d'échecs, un sage que la tradition nomme Sissa. Celui-ci réclame une récompense d'apparence modeste : un grain sur la première case de l'échiquier, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite en doublant à chaque case jusqu'à la 64e. Le roi accepte en riant… puis découvre que tout le grain du royaume n'y suffira pas.
La légende de l'échiquier de Sissa en quelques lignes
Selon les versions, la récompense est en grains de blé ou en grains de riz, et le roi porte des noms différents (Belkib, par exemple, dans plusieurs récits francophones). L'histoire est une légende : elle ne raconte pas l'origine réelle du jeu d'échecs. Le plus ancien récit écrit connu de cette histoire est attribué à l'historien Ibn Khallikan, en 1256. Ce qui compte ici, c'est le calcul, et il est implacable.
- Problème de l'échiquier de Sissa
- Problème qui consiste à placer 1 grain sur la première case d'un échiquier, puis à doubler le nombre de grains sur chaque case suivante. La case n porte 2n−1 grains, et le total des 64 cases vaut 264 − 1 = 18 446 744 073 709 551 615 grains.
L'énoncé type d'un exercice de 4e
Sous une forme ou une autre, voici l'exercice que l'on retrouve dans de nombreux cahiers de collège :
- Combien de grains de riz y a-t-il sur la 2e, la 3e, la 4e case ? Écrire ces nombres sous la forme d'une puissance de 2.
- Combien de grains y a-t-il sur la 10e case ? Sur la 64e case ?
- Combien de grains y a-t-il en tout sur les 5 premières cases ? Comparer avec le nombre de grains de la 6e case. Que remarque-t-on ?
- En déduire le nombre total de grains sur l'échiquier.
Le calcul pas à pas
1. Grains sur une case donnée
Sur la 1re case, il y a 1 grain, que l'on peut écrire 20. Sur la 2e, 2 = 21. Sur la 3e, 4 = 22. Sur la 4e, 8 = 23. À chaque case, l'exposant augmente de 1, mais il a toujours un de retard sur le numéro de la case. Donc la case numéro n porte 2n−1 grains : la 10e case en porte 29 = 512, et la 64e en porte 263 = 9 223 372 036 854 775 808.
2. Le total : une observation qui fait tout
Additionnons les premières cases : 1 + 2 + 4 + 8 + 16 = 31. La case suivante en porte 32. Le total des cases précédentes vaut toujours la case suivante moins 1. On le vérifie à chaque étape : 1 = 2 − 1, 1 + 2 = 4 − 1, 1 + 2 + 4 = 8 − 1… Le total des 64 cases vaut donc la « 65e case » moins 1, c'est-à-dire 264 − 1.
3. La démonstration, pour les plus grands
Notons S = 1 + 2 + 22 + … + 263. Multiplions par 2 : 2S = 2 + 22 + … + 263 + 264. Soustrayons la première ligne de la seconde : presque tous les termes disparaissent, et il reste 2S − S = 264 − 1. Donc S = 264 − 1. C'est un cas particulier de la somme d'une suite géométrique de raison 2, étudiée en classe de première.
264 − 1 = 18 446 744 073 709 551 615
On lit : dix-huit trillions quatre cent quarante-six billiards sept cent quarante-quatre billions soixante-treize milliards sept cent neuf millions cinq cent cinquante et un mille six cent quinze. Une calculatrice de collège affiche en général 264 sous la forme 1,844674407 × 1019 : elle n'a pas assez de chiffres pour l'écrire en entier, et elle ne peut donc pas montrer la différence entre 264 et 264 − 1.
Tableau case par case
| Case | Puissance | Grains sur la case | Total cumulé |
|---|---|---|---|
| 1 | 20 | 1 | 1 |
| 2 | 21 | 2 | 3 |
| 3 | 22 | 4 | 7 |
| 4 | 23 | 8 | 15 |
| 5 | 24 | 16 | 31 |
| 6 | 25 | 32 | 63 |
| 7 | 26 | 64 | 127 |
| 8 | 27 | 128 | 255 |
| 9 | 28 | 256 | 511 |
| 10 | 29 | 512 | 1 023 |
| 16 | 215 | 32 768 | 65 535 |
| 32 | 231 | 2 147 483 648 | 4 294 967 295 |
| 33 | 232 | 4 294 967 296 | 8 589 934 591 |
| 63 | 262 | 4 611 686 018 427 387 904 | 9 223 372 036 854 775 807 |
| 64 | 263 | 9 223 372 036 854 775 808 | 18 446 744 073 709 551 615 |
Deux remarques frappent les élèves. D'abord, la première rangée de l'échiquier (8 cases) ne contient que 255 grains : une petite poignée. Ensuite, la dernière case contient à elle seule un grain de plus que les 63 cases précédentes réunies. C'est la marque d'une croissance exponentielle : chaque doublement pèse autant que toute l'histoire qui le précède.
Combien de tonnes de riz ? Un ordre de grandeur
Pour passer des grains aux tonnes, il faut une hypothèse sur la masse d'un grain, qui varie selon les variétés. Un grain de riz pèse quelques centièmes de gramme : l'article de Wikipédia consacré au problème retient 0,04 g, et des mesures agronomiques sur certaines variétés donnent plutôt un peu plus de 0,025 g (environ 26 g pour mille grains). Les deux hypothèses donnent :
| Masse d'un grain (hypothèse) | Masse totale | Années de production mondiale |
|---|---|---|
| 0,025 g | ≈ 461 milliards de tonnes | ≈ 590 ans |
| 0,04 g | ≈ 738 milliards de tonnes | ≈ 950 ans |
Calcul : 18 446 744 073 709 551 615 × masse d'un grain. Comparaison avec une récolte mondiale d'environ 776 millions de tonnes de riz en 2022 (données FAOSTAT reprises par Wikipédia). Avec des grains de blé de 65 mg, hypothèse retenue par l'article anglophone de Wikipédia, on dépasse 1 199 milliards de tonnes.
Autre façon de le dire : en comptant un grain par seconde, sans jamais s'arrêter, il faudrait environ 585 milliards d'années pour compter tous les grains, soit plus de quarante fois l'âge estimé de l'Univers.
Retrouver l'ordre de grandeur sans calculatrice
Une astuce utile en classe : 210 = 1 024, soit à peu près 1 000 = 103. Or 264 = 24 × (210)6, donc environ 16 × (103)6 = 16 × 1018 = 1,6 × 1019. La vraie valeur est 1,84 × 1019 : l'approximation sous-estime un peu, car chaque « 1 024 ≈ 1 000 » fait perdre 2,4 %, six fois de suite. C'est un bon exercice sur les puissances et sur la notation scientifique.
Les questions que posent les élèves
Et si on ne double pas, mais on triple ?
Avec un triplement, la case n porte 3n−1 grains, et le total vaut (364 − 1) ÷ 2. La même méthode (multiplier S par 3, puis soustraire) donne le résultat. Le nombre obtenu dépasse 1030.
Combien de cases faut-il pour dépasser un million de grains ?
Le total après n cases vaut 2n − 1. Comme 219 = 524 288 et 220 = 1 048 576, il faut 20 cases pour dépasser un million de grains au total. Et il faut 30 cases pour dépasser le milliard (230 − 1 = 1 073 741 823).
Pourquoi 264 revient-il en informatique ?
Parce qu'un nombre écrit sur 64 bits peut prendre exactement 264 valeurs différentes. Le plus grand entier positif codable sur 64 bits sans signe est donc 264 − 1 : le même nombre que celui de Sissa.
Pour aller plus loin
L'échiquier cache d'autres nombres gigantesques. Le nombre de parties d'échecs possibles, estimé par Claude Shannon, fait passer celui de Sissa pour minuscule : voir d'autres très grands nombres de l'échiquier avec le nombre de Shannon. Pour des problèmes plus géométriques, rendez-vous sur les casse-têtes mathématiques de l'échiquier. Et pour garder l'esprit affûté entre deux exercices, le Palais des Échecs propose un test de logique mathématique pour s'entraîner.
Questions fréquentes
Combien de grains de riz y a-t-il sur un échiquier ?
Dans la légende de Sissa, on double le nombre de grains à chaque case en partant de 1. Le total vaut 264 − 1 = 18 446 744 073 709 551 615 grains, soit plusieurs centaines de milliards de tonnes de riz.
Combien vaut 2 puissance 64 ?
264 = 18 446 744 073 709 551 616, soit environ 1,84 × 1019. Le total de grains de l'échiquier de Sissa vaut un de moins : 18 446 744 073 709 551 615.
Combien vaut 2 puissance 63 ?
263 = 9 223 372 036 854 775 808. C'est le nombre de grains posés sur la 64e et dernière case de l'échiquier de Sissa.
Pourquoi le total vaut-il 2 puissance 64 moins 1 ?
Parce que la somme 1 + 2 + 4 + … + 263 est une suite géométrique de raison 2 : en notant S cette somme, 2S − S = 264 − 1. Plus simplement, le total des premières cases vaut toujours la case suivante moins 1.